ÉCOUTE, FIDEL

Paris, le 3 juin 2008.

«10 juin 1976, 8 heures du matin, La Havane, quartier du Vedado, calle 19 numéro 255. Je viens de me lever. Tout est calme. Aujourd’hui je ne travaille pas. Je vais profiter de ce répit dans mon emploi du temps de médecin pour me faire plaisir et faire plaisir à quelques amis en cuisinant mes spécialités : des gâteaux créoles.

Mes chats se frottent contre moi, l’odeur des arbres fruitiers se mêle à celle de l’entremets que je suis en train de préparer. Soudain on frappe à la grille de fer forgé de l’entrée. Un homme brun, grand, habillé en civil, me dit brutalement: « Ouvrez immédiatement! »

Rompue aux luttes de la clandestinité, je réfléchis à toute vitesse : la maison est vide, je suis en robe de chambre, seule, isolée et dans l’incapacité de me sauver ou d’appeler au secours.

« Ouvrez-moi ou j’enfonce la porte! »
Cherchant à gagner du temps je lui demande son identité, je regarde autour de moi, me souviens tout à coup d’une lettre d’un prisonnier politique cubain analysant le processus de rééducation auquel il est actuellement soumis, cours la chercher, la froisse et la cache dans la poche de ma robe de chambre. Les coups contre la grille sont de plus en plus forts. J’essaie de me calmer et ne veux pas donner l’impression de perdre mon sang-froid. J’ouvre la grille à cet homme qui se présente comme étant de la Sûreté et je suis alors rapidement encerclée par dix hommes armés qui me font asseoir, m’ordonnent de ne pas bouger et me disent : « Vous êtes arrêtée. »

Et les responsables de la Sûreté d’Etat sont arrivés. Ils sont entrés partout, ont tout fouillé, les chambres, la salle de bains, la bibliothèque, le cabinet de consulta¬tion, la cour et le petit pavillon où j’avais installé le laboratoire. Je les entendais ouvrir les tiroirs, inspecter les armoires, éplucher mes papiers. Cela a duré des heures. J’étais leur prisonnière dans mon salon et ils ont mis la maison sens dessus dessous.

Mes chats, affolés, couraient partout. Au bout d’un long moment, un homme grand, habillé en civil, un Blanc, est venu diriger les opérations. Il m’a regardée, ne m’a pas adressé la parole. Un couple a ensuite fait son appari¬tion : lui était d’âge moyen, le teint brun, les cheveux poivre et sel. Il portait une blouse blanche courte, comme celles qu’ont habituellement les pharmaciens ou les médecins.

Les policiers me dirent qu’ils apparte¬naient tous deux au comité de défense de la révolution du quartier et qu’ils étaient là pour témoigner du bon déroulement des choses... Je connaissais les membres du comité de mon quartier et je n’avais jamais rencon¬tré ce couple. Quand j’ai demandé dans l’après-midi l’autorisation d’aller aux toilettes, un homme de la sécurité m’a répondu : « Oui, mais la femme du docteur va vous accompagner. »
Elle m’escorta jusque devant la porte. Je lui deman¬dai donc : « Voulez-vous entrer avec moi?

-Non, non, entrez toute seule », dit-elle d’un air gêné. Je ne mis pas le verrou. Je pris la lettre, la sortis lentement de ma poche, la déchirai le plus silencieuse¬ ment possible et actionnai la chasse d’eau et je priai... à mon grand soulagement tous les bouts de papier disparurent. Je suis retournée m’asseoir dans le salon, surveillée par les hommes de la Sûreté. Je ne sais plus combien de temps nous sommes restés ainsi, immobiles, à attendre, mais j’avais l’impression que c’était intermi¬nable. Brusquement un de ces hommes m’a ordonné d’aller dans ma chambre et de prendre rapidement quelques vêtements ainsi que mes affaires de toilette.
« Vous partez tout de suite. Suivez-nous. »

Mon sac à la main, encadrée par les policiers, je franchis le porche de ma maison en me disant que le combat ne faisait que commencer. J’ai traversé le jardin de devant avec ses deux carrés de pelouse et ses deux flamboyants rouges que j’aime tant et, soudain, j’ai revu, devant moi, sur le ciment du trottoir, le cercueil de ma mère que les hommes des pompes funèbres avaient déposé là avant de l’introduire dans le fourgon mortuaire.

Elle avait su vivre et mourir courageusement et j’espérais avoir autant de force et de lucidité. Je savais par les luttes que j’endurais depuis de nom-breuses années et par les multiples témoignages qui m’étaient confiés que l’horreur allait maintenant fondre sur moi. » -Mon arrestation, Martha Frayde.

Issue de la haute bourgeoisie, Martha Frayde, après des études brillan¬tes de médecine, s’engage politiquement en 1950. Amie de Fidel Castro, elle participe à la lutte clandestine à ses côtés et soutient la guérilla dans la Sierra Maestra. Toujours avec lui au moment du triomphe de la révo-lution, elle sera nommée directrice de l’Hôpital National de La Havane puis sera envoyée à Paris comme déléguée de l’UNESCO.

Après l’affaire des fusées, Martha, se sentant en désaccord avec Fidel, décide de rentrer à Cuba et d’abandonner la politique. Elle critique ouvertement le régime et reprend son travail de médecin. En proie à de multiples tracasseries, elle désire quitter son pays. Mais Fidel l’en empêche. C’est en juin 1976 que la police viendra l’arrêter. On essaiera de faire d’elle un agent de la C.I.A. Elle résistera aux interrogatoires et sera finalement condamnée à vingt-neuf ans de prison. Après avoir été internée trois ans et demi, elle sera finalement libérée grâce à la pression d’une campagne internationale.

Martha Frayde vit maintenant à Madrid.

Ce livre, qui est l’histoire de sa vie, est un témoignage sans haine ni règlement de comptes sur le régime castriste.
 
Écoute, Fidel
Martha Frayde .
Éditions Denoël.
190 pages.
Photo de couverture: Mars 1962. Banquet donné en l’honneur de la remise du Prix Lénine à Fidel Castro dans l’Hôtel Habana Libre (anciennement Hôtel Hilton).
ISBN 2.207.23413.4.

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Concierto de música cubana este domingo en Södermalm
[29-11-2016]
Redacción de Misceláneas de Cuba
  (www.miscelaneasdecuba.net).- Si te gusta el filin, la trova y los boleros no te pierdas este concierto el próximo domingo. Hazte amigo del club y así recibirás invitaciones para los conciertos que organizan.
A: Mi Ángel de luz
[21-07-2016]
Frank Ernesto Carranza López
ICLEP
  (www.miscelaneasdecuba.net).- Para que me recuerdes y mantengas la calma, el día que me consuma en las frías mazmorras del olvido, a esas donde estoy destinado por el mero hecho de querer la libertad para mi pueblo, para mi Isla, para mi Patria, para mi Cuba.
Comunicado de Prensa
[22-05-2016]
Redacción de Misceláneas de Cuba
(www.miscelaneasdecuba.net).- Burbank, California. Para distribución inmediata:
Boletín de la música underground en Cuba
[13-04-2016]

  (www.miscelaneasdecuba.net).- Léalo aquí.
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