J’ai peu d’amis parce que j’attache une grande importance à l’amitié. Après cette réponse, je compris que lui, Castro, était devenu l’un d’eux. » Sartre rapporta ainsi l’un dés nombreux dialogues qu’il avait eus, en 1960, avec Castro. C’était, croyait¬il, la naissance d’un régime vraiment nouveau: non le vieux socialisme qui avait failli (le rapport Khrouchtchev était alors tout proche) et qui ne promettait, de toute façon, que du pain et des roses, mais un monde où TOUT était possible.
Les promesses de Castro étaient sans limites, mais très vite, à coups de répression et de séduc¬tion, en manipulant l’enthousiasme et en mobili¬sant de force les tièdes, il bouleversa la petite société cubaine: rétablissement de la peine de mort, police politique puissante, suppression de la liberté de presse, du droit de grève, syndicat comme courroie de transmission, appropriation par l’Etat de la.quasi-totalité des terres, rationne¬ment, multiplication des catégories de « délin¬quance»... : tout cela s’étalait au grand jour dans la presse officielle cubaine. Mais les intellectuels révolutionnaires ne lisaient pas et, invités choyés du régime, ils ne voyaient pas les Cubains; ils écoutaient seulement Castro et ils revenaient éblouis: là-bas, on pouvait demander la lune.
Ce livre retrace la vraie prise du pouvoir, en ponc¬tuant le récit des événements majeurs par la version illuminée d’intellectuels connus. Qu’est¬-ce qui séduisait les intellectuels dans ce régime qui avait détruit tout ce qu’ils disent vouloir ? C’est à cette question que répond, finalement, ce retour sur l’histoire de Cuba.
La lune et le caudillo.
Le rêve des intellectuels et le régime cubain (1959-1971).
Jeannine Verdès-Leroux
560 pages.
Photo de la couverture : Liliane Siegel
Editions Gallimard. L’ARPENTEUR
ISBN 2-07-078018-X
















